L'une des premières questions que l'adolescente essuie, dès sa grossesse
et parfois même dès années après la naissance de son enfant, est "Et le papa?". Sous entendu "est-il toujours là?".
Non seulement cette question peut être agaçante, mais la jeune maman n'a pas forcément envie d'étaler son histoire à chaque nouvelle personne qu'elle rencontre. Il est bien sûr, bien tentant de
poser la question, mais on peut facilement s'auto recadrer en admettant qu'on ne la poserait pas à une maman plus âgée.
De nos jours, et particulièrement dans notre société, il est de plus en plus courant de rencontrer des mamans célibataires, divorcées, remariées, des familles recomposées et autres schémas
familiaux. Dans ce contexte, pourquoi montrer tant de curiosité envers une maman plus jeune, peut être en couple avec le papa de son enfant, alors que sa voisine de quinze ans son aînée, est, la
plupart du temps, au moins une fois divorcée?
La question récurrente qui vient souvent juste avant celle ci, pour le moins aussi contrariante et qui peut s'avérer blessante est la fameuse "C'est un accident?".
Beaucoup de jeunes filles désireuses d'avoir un enfant, programment effectivement des accidents de pilule, dans le but de ne pas avoir à se justifier outre mesure au regard des autres.
Souvent également en pensant que ses proches, notamment ses parents, réagiront moins violemment à un "accident".
De ce fait il est courant de s'imaginer qu'une maman de dix sept ans ne pouvait faire sciemment un enfant.
Et si celle ci assume le choix d'être délibérément tombée enceinte, la populace ne se gêne pas pour lui faire savoir ce que l'on pense de ce geste et la jeune fille est vite reléguée au rang
d'inconsciente immature. De même, s'il s'agit d'un "accident", la maman passe le plus souvent pour une écervelée incapable de prendre une contraception correctement ou pire, s'en fichant
totalement.
En remettant les choses dans leur contexte, l'IVG chez les adolescentes ne représente que 3% du nombre total d'avortement chaque année en France...Qui peut donc jeter la première
pierre?
Lorsqu'une mère mène une grossesse non programmée à terme, on parlera d'accident pour une adolescente, et de (bonne) surprise pour une femme plus âgée...Pourquoi ne pas faire preuve
d'autant de délicatesse et de diplomatie à l'égard d'une mère adolescente? Ne pense t-on pas que des années après la naissance de son enfant, alors qu'elle l'aime et l'élève jour après jour, elle
aimerait que l'on cesse de nommer un être si cher à ses yeux un "accident"?
Nous pourrions ainsi établir une liste, et encore, non exhaustive, de questions que l'on brûle de poser et que l'on devrait retenir. Lorsque nous rencontrons une personne, nous ne nous
précipitons pas à lui poser des questions intimes sur sa vie et son parcours personnel. Pourquoi dans ce cas ne pas faire de même lorsque nous nous trouvons face à une toute jeune mère?
Souvent, lorsque notre chemin croise celui de personnes ayant fait d'autres choix de vie, nous tentons systématiquement de nous imaginer à sa place. Sauf que, lorsque nous le faisons, nous
n'avons pas conscience que c'est avec notre histoire personnelle, notre propre passif, nos émotions, nos bagages. De ce fait, nous ne nous mettons pas à la place de l'autre, mais nous
transposons notre histoire avec la situation de l'autre, ce qui est tout à fait différent, et mène à nous faire dire "Moi à ta place je n'aurais pas pu/ pas fait ça".
Oui, peut être. Mais en l'occurrence, nous ne sommes pas à la place de notre voisin, et nous devons admettre que chaque parcours est unique et respecter cette différence.
On peut, bien entendu, lorsque les relations se lient, se confier mutuellement. Dans le cas d'amitiés réelles, poser des questions sur l'autre ne fait plus parti du cadre de la curiosité parfois
malsaine et relevant du voyeurisme.
Nous pouvons nous demander ce qui nous pousse à poser de telles questions, qui n'ont rien d'anodines. Est ce que cette personne, là, en face de nous, avec son bébé et ses choix de vie, nous
renvoi inconsciemment à un sentiment de malaise?
Certaines personnes n'hésitent pas à faire preuve d'une incroyable agressivité envers les jeunes parents. Des propos d'une grande violence peuvent être dits comme peut le subir n'importe quelle
personne issue d'une minorité. Beaucoup de jeunes mères souffrent donc, non seulement du regard d'autrui, de ses questions déplacées, mais aussi de ses violences.
Pourtant, la tolérance et le respect de l'autre et de ses différences, ne sont pas les premières choses que l'on apprend à l'école?
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